ESTUDIOS
Piero Gilento
Inrap, Parçay-Meslay, France
piero.gilento@inrap.fr, https://orcid.org/0000-0002-9525-7292
Françoise Yvernault
Inrap, Parçay-Meslay, France
francoise.yvernault@inrap.fr, https://orcid.org/0009-0004-8717-5512
Jérôme Bouillon
Inrap, Parçay-Meslay, France
jerome.bouillon@inrap.fr, https://orcid.org/0009-0009-5565-6553
Séverine Braguier
Inrap, Parçay-Meslay, France
severine.braguier@inrap.fr, https://orcid.org/0009-0001-9725-5522
Christophe Perrault
CEDRE, Besançon, France
cedre.perrault@wanadoo.fr, https://orcid.org/0009-0002-6209-9029
Nicolas Holzem
Inrap, Parçay-Meslay, France
nicolas.holzem@inrap.fr, https://orcid.org/0009-0000-0962-5611
Véronique Chollet
Inrap, Parçay-Meslay, France
veronique.chollet@inrap.fr, https://orcid.org/0009-0005-0429-8988
Lisa Massa
Inrap, Parçay-Meslay, France
lisa.massa@inrap.fr, https://orcid.org/0009-0007-9676-4329
RESUMÉ
Les résultats d’une opération d’archéologie préventive réalisée sur un bâtiment situé dans le centre historique de Loches (France) entre les vestiges des enceintes des XIIIe et XVe siècles sont présentés ci-dessous. Avant sa restauration, le Service Régional d’Archéologie de la Région Centre-Val de Loire a prescrit un diagnostic dans le but de vérifier le potentiel archéologique du bâtiment. Grâce à cette intervention, il a été possible de réaliser une analyse archéologique des structures bâties, accompagnée de deux petits sondages sédimentaires et de l’étude de la charpente, ainsi que d’une analyse des sources écrites et iconographiques. Ce qui en ressort est une histoire de sa construction divisée en cinq périodes. D’une première occupation du XIIIe-XIVe siècle, trois chantiers se succèdent. Une habitation du XVe siècle (ou avant) est transformée en une grande demeure entre le XVIe et le XVIIe siècle, pour ensuite subir des changements importants entre le XVIIIe et le XIXe siècle.
Mots-clé: restauration; Moyen Âge; époque moderne; céramique; charpente; dendrochronologie; mortiers.
ABSTRACT
In this paper, we present the results of a preventive archaeology operation carried out on a building located in the historic center of Loches (France) between the traces of the 13th and 15th century city-walls. Before its restoration, the Regional Service for Archaeology of Indre-et-Loire department prescribed a diagnostic with the aim of verifying the archaeological potential of the building. Thanks to this intervention, it was possible to carry out an archaeological analysis of the still-standing structures accompanied by two small ground excavations and the study of the carpentry, as well as an analysis of the written and iconographic sources. The building’s history is divided into five periods. From a first occupation of the 13th-14th century, three construction sites follow one another. A 15th century (or probably before) dwelling is transformed into a large residence between the 16th and 17th centuries, and then undergoes important changes between the 18th and 19th centuries.
Keywords: restoration; Middle Ages; modern era; pottery; carpentry; dendrochronology; mortars.
RESUMEN
Se presentan los resultados de una intervención de arqueología preventiva realizada en un edificio situado en el centro histórico de Loches (Francia), entre los vestigios de las murallas de los siglos XIII y XV. Antes de su restauración, el Servicio Regional de Arqueología de la Región Centre-Val de Loire prescribió un diagnóstico con el fin de verificar el potencial arqueológico del edificio. Gracias a esta intervención, fue posible realizar un análisis arqueológico de las estructuras construidas, acompañado de dos pequeños sondeos de excavación y del estudio de la carpintería, así como de un análisis de las fuentes escritas e iconográficas. De ello, se desprende una historia de su construcción dividida en cinco períodos. A partir de una primera ocupación de los siglos XIII-XIV, se suceden tres fases de obra. Una vivienda del siglo XV (o anterior) se transforma en una gran residencia entre los siglos XVI y XVII, para después sufrir importantes cambios entre los siglos XVIII y XIX.
Palabras clave: restauración; Edad Media; época moderna; cerámica; carpintería; dendrocronología; morteros.
Reçu: 09-09-2025 / Accepté: 18-05-2026 / Publié:28-07-2026
Comment citer: Gilento, P., Yvernault, F., Bouillon, J., Braguier, S., Perrault, C., Holzem, N., Chollet, V. et Massa, L. (2026). “Archéologie préventive sur le bâti dans le centre historique de Loches (France): l’histoire d’une maison entre stratigraphie, archéométrie et documents d’archive”. Arqueología de la Arquitectura, 23: 459. DOI: https://doi.org/10.3989/arq.arqt.2026.459
Copyright: © 2026 Editorial CSIC and EHU Press. This is a diamond open-access content distributed under the terms of the Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0) License.
Informations complémentaires ↓
2. LE CONTEXTE D’INTERVENTION ET LES PROBLÉMATIQUES SCIENTIFIQUES ET MÉTHODOLOGIQUES
3. ÉTAT ACTUEL DU BÂTIMENT ET MÉTHODOLOGIE D’INTERVENTION
4. ANALYSE DES SOURCES ARCHIVISTIQUES ET ICONOGRAPHIQUES
5.1.1. Période I (≤ XIIIe siècle)
5.1.2. Période II (XIIIe-XIVe siècles)
5.1.3. Période III (XVe-XVIIe siècle)
5.1.3.1. Phase 1 (≤ XVe - début XVIe siècle)
5.1.3.2. Phase 2 (XVIe-XVIIe siècles)
5.1.4. Période IV (fin XVIIIe - XIXe siècles)
5.1.5. Période V (XXe-XXIe siècle)
5.1.5.1. Phase 1 (première moitié du XXe siècle)
5.1.5.2. Phase 2 (seconde moitié du XXe)
5.2. Discussion sur la datation de l’échantillon de charbon no. 08_1018
5.2.1. Discussion, synthèse des données et comparaisons techniques et typologiques
Archives Départementales d’Indre-et-Loire (ADIL)
Fonds iconographique des Archives départementales d’Indre-et-Loire (Flora)
L’opération de diagnostic archéologique réalisée par l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) sur l’immeuble privé, sis au 3, Place du Marché aux Légumes à Loches (Fig. 1) a été prescrite par le Service Régional de l’Archéologie (SRA) Centre-Val de Loire en amont du projet de réhabilitation.
Le bâtiment du n° 3 de la place du Marché aux Légumes se situe dans l’enceinte urbaine médiévale, au nord du château, entre les portes des Cordeliers et Piquois (Fig. 2). La zone d’étude correspond à la parcelle 85 du cadastre napoléonien, le long d’une petite rue qui relie deux axes principaux: la rue Saint-Antoine au nord et la Grande rue au sud (Fig. 3).
Figure 1. Implantation du diagnostic sur fond cadastral.
Dans la notice de repérage de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, établi le 12 septembre 1968 par M. Montoux, conseiller pédagogique de Loches, le bâtiment situé au 3, de la place du Marché aux Légumes est décrit conjointement avec celui se trouvant au nord de ce dernier et situé au 1, de la même place (Montoux 1985Montoux, A. (1985). Loches et Beaulieu-lès-Loches. Chambray-lès-Tours: CLD.). Dans la même notice, l’ensemble composé des deux maisons est daté du XVe siècle grâce à la caractérisation typologique d’une fenêtre de la façade a pignon triangulaire aigu de la maison au n°1 de la place du Marché aux Légumes (Fig. 4).
Deux phases d’agrandissement aux XVIIe et XIXe siècles sont identifiées et la présence, au 1, de deux cheminées datées du début du XVIIIe est signalée. Au XXe siècle on assiste à une forte phase de dénaturation des structures. Malgré cela, l’édifice conserve encore des traces de son passé et de précieux éléments patrimoniaux, comme la tourelle polygonale référant un bel escalier de pierre et une petite pièce voûtée sur croisée d’ogives (Fig. 5). Considérant que les travaux prévus pour la réhabilitation du bâtiment pourraient affecter cet édifice et entraîner la disparition de nouveaux éléments, le SRA a prescrit un diagnostic visant à mettre en évidence et caractériser la nature, l’aménagement et le degré de conservation des vestiges archéologiques éventuellement présents1.
Figure 2. Plan général du château de Loches, localisation des principaux éléments monumentaux et des opérations archéologiques, en rouge le bâtiment objet du diagnostic (d’après Papin, 2020Papin, P. (2020). La forteresse médiévale de Loches (Indre-et-Loire), 5 années de recherches archéologiques dans le parc des logis royaux. Archéologie en région Centre-Val de Loire, 8. Orléans: SRA Centre., fig. 1)
Figure 3. Extrait du plan napoléonien de la commune de Loches, section C1 de la ville, 1826 (ADIL).
Figure 4. Vue de premier plan de la partie supérieure des façades des bâtiments situés aux numéros 1 et 3 de la Place du Marché aux Légumes. En arrière-plan, la tour (beffroi) Saint-Antoine.
Photo: Piero Gilento.
Figure 5. Vue de la tourelle (Pièce 6) depuis la cour (Pièce 7). Photo: Piero Gilento, Inrap.
Le centre historique de Loches fait l’objet depuis plus de vingt ans d’opérations archéologiques qui ont documenté aussi bien le sous-sol que le patrimoine bâti, se concentrant surtout sur les structures liées au pouvoir et à la défense. En effet, plusieurs opérations de diagnostics et de fouilles ont pu être effectués sur le château et les remparts (Papin, 2015Papin, P. (2015). Loches. Deuxième campagne de fouilles sur la forteresse. Rapport de fouilles archéologiques programmées. Orléans: SRA Centre., 2016Papin, P. (2016). Loches. Troisième campagne de fouilles sur la forteresse. Rapport de fouilles archéologiques programmées. Orléans: SRA Centre., 2017Papin, P. (2017). Loches – Le château. Quatrième campagne de fouilles programmées – la grande salle des comtes d’Anjou. Rapport de fouilles archéologiques programmées. Orléans: SRA Centre., 2018aPapin, P. (2018a). Loches – Le château. Cinquième campagne de fouilles programmées – la grande salle des comtes d’Anjou. Rapport de fouilles archéologiques programmées. Orléans: SRA Centre., 2018bPapin, P. (2018b). Loches, 24 bis avenue du Général de Gaule. Rapport de diagnostic archéologique. Orléans: SRA Centre., 2020Papin, P. (2020). La forteresse médiévale de Loches (Indre-et-Loire), 5 années de recherches archéologiques dans le parc des logis royaux. Archéologie en région Centre-Val de Loire, 8. Orléans: SRA Centre.; Papin et Riou, 2019Papin, P. et Riou, S. (2019). Loches – Le château. Sixième campagne de fouilles programmées – la grande salle des comtes d’Anjou. Rapport de fouilles archéologiques programmées. Orléans: SRA Centre.). Certaines d’entre elles ont été des opérations d’archéologie du bâti qui ont intéressé le rempart du fort Saint-Ours (Scheffer, 2004Scheffer, M. E. (2004). Loches, Rempart du fort Saint-Ours, Rapport Final d’Opération de fouilles archéologiques. Orléans: SRA Centre.), la tour du Martelet (Dufaÿ et Papin, 2008Dufaÿ, B. et Papin, P. (2008). Forteresse de Loches (37). La tour du Martelet, le front ouest. Rapport de fouilles archéologiques. Tours: SADIL, SRA Centre.) et le rempart ouest (Riou et Papin, 2016Riou, S. et Papin, P. (2016). Loches (37), le Château. Dévégétalisation d’une portion du rempart ouest. Rapport de diagnostic archéologique. Orléans: SRA Centre., 2017Riou, S. et Papin, P. (2017). Loches (37), le Château. Dévégétalisation d’une portion du rempart nord-ouest, tranche 2. Rapport de diagnostic archéologique. Orléans: SRA Centre.). Dans ce contexte, ce diagnostic constitue une importante première opportunité de mener des recherches archéologiques sur un bâtiment domestique situé dans le centre historique en étudiant à la fois le sous-sol et les vestiges en élévation. Les problématiques scientifiques liées à ce diagnostic sont, comme nous allons le voir, multiples et de natures différentes. Sur le plan méthodologique, le présent diagnostic a été l’occasion de sonder le potentiel stratigraphique du sol et d’établir si l’analyse des caves pouvait être utile à la compréhension archéologique de la zone. Concernant les structures en élévation, le principal problème méthodologique résidait avant tout dans la possibilité de les analyser de manière adéquate et de les dater avec des techniques archéométriques afin de disposer de données fiables avec lesquelles il serait possible de proposer une chronologie absolue. Sur le plan historique, les problématiques sont liées à l’occupation du territoire par rapport à sa localisation topographique. Le bâtiment est situé entre l’enceinte urbaine du XIIIe siècle et celle du XVe, occupant ainsi une position intéressante pour étudier la dynamique de peuplement de la ville au Moyen Âge en dehors du château et des premiers remparts de la ville. Ces zones sont-elles déjà occupées au XIIIe siècle ? Et de quel type d’occupations s’agit-il ? À cela s’ajoute la proximité du bâtiment avec la tour Saint-Antoine, clocher daté au XVIe d’une église médiévale, aujourd’hui disparue. Sera-t-il possible de reconnaître des traces matérielles du presbytère de cette église dans les structures à étudier ? Ou d’en retrouver des traces dans le sous-sol de la cave ? D’autres problématiques scientifiques concernent l’analyse spatiale et organisationnelle d’une maison sur plusieurs siècles, en travaillant sur les traces de différentes époques, dans le but de reconnaître et d’isoler des marqueurs puis de les contextualiser chronologiquement.
Sur le plan méthodologique, nous avons rencontré différentes difficultés qui ont parfois limité nos analyses, rendant les résultats finaux, dans certains cas, extrêmement partiels. En premier lieu, les dimensions des sondages au sol à l’intérieur de la cave étaient plutôt modestes pour des raisons logistiques et de temps. Cela a rendu complexe la contextualisation des découvertes matérielles produites par les sondages.
Quant à l’étude sur le bâti, les limites étaient liées à l’impossibilité d’atteindre en hauteur certaines portions des Murs 2 et 3, même avec les échafaudages mobiles dont nous disposions. Dans ce cas, seules les limites des unités stratigraphiques ont été enregistrées, alors que les relations entre elles étaient beaucoup plus complexes à établir. Tout cela a fortement limité les analyses et donc la synthèse ultérieure des données. De plus, les nombreux travaux de rénovation de la maison au cours des siècles, notamment les plus récents, ont énormément affecté les structures, rendant parfois impossible une définition précise des différentes activités de construction. Ce phénomène est surtout visible sur le Mur 3, qui présente de très nombreuses unités stratigraphiques résultant d’interventions petites et limitées. Dans ce cas, nous avons essayé de regrouper les unités stratigraphiques au sein de phases constructives plus larges en tenant compte de leur contexte structurel et fonctionnel.
Tout cela a également rendu extrêmement complexe le prélèvement d’échantillons pour réaliser des analyses archéométriques car, compte tenu des circonstances, le risque de « pollution » des échantillons pouvait être considéré comme extrêmement élevé.
Ces problématiques sont néanmoins liées au type d’opération réalisée (un diagnostic) dans le cadre de la loi sur l’archéologie préventive qui prévoit, dans une première phase, d’établir le potentiel archéologique d’un site ou d’un bâtiment. Suite aux résultats du diagnostic, une éventuelle fouille devra répondre de manière détaillée et exhaustive aux questions soulevées lors du diagnostic. Malheureusement, en archéologie du bâti, les fouilles sont moins prescrites par l’État en raison de la nature même du projet qui ne prévoit pas généralement la destruction du bâtiment. Pour cette raison, les diagnostics deviennent parfois le seul moyen de documenter l’histoire d’un bâtiment avant sa restauration (Mataouchek, 2019Mataouchek, V. (2019). “Archéologie préventive sur le bâti et Monuments historiques”. Les Nouvelles de l’archéologie, Les nouvelles ont 40 ans !, 157-158, pp. 54-57., 2022Mataouchek, V. (2022). “Archéologie préventive sur du bâti protégé”. Dans : Sapin, C., Bully, S., Bizri, M. et Henrion F. (dirs.), Archéologie du bâti. Aujourd’hui et demain. Dijon: Artheis Éditions.; Mataouchek et Mignot, 2009Mataouchek, V. et Mignot, P. (2009). “Archéologie du bâti ou archéologie sur du bâti ?”. Archéopages: archéologie & société, Quartiers et faubourgs, 24, pp. 67-73.).
Le bâtiment concerné par l’opération est inhabité depuis des années et se trouve actuellement dans de mauvaises conditions de conservation. Ainsi, la plupart des ouvertures sont dépourvues de systèmes de fermeture, le plancher entre le rez-de-chaussée et le premier étage s’est presque entièrement effondré. Le bâtiment est composé de trois corps reliés entre eux et organisés sur trois niveaux: le corps principal avec les espaces de vie, les espaces de liaison et la tourelle-escalier (Fig. 6).
Figure 6. Coupe transversale nord/sud avec la division en corps structurels et pièces.
Le corps principal est de forme rectangulaire et est orienté est-ouest dans le sens de sa longueur. Au rez-de-chaussée (Fig. 7), la Pièce 1 (10,72 × 5,80 m) présente une grande hauteur sous plafond (5,20 m) en raison de la démolition de la voûte en pierre de taille de la cave (Fig. 8), dont les traces sont encore bien visibles notamment sur le mur est (Mur 3) et sur le mur sud (Mur 2 ; Fig. 9).
Figure 7. Plan de la cave avec les sondages et US et Faits principaux.
Figure 8. Vue de la Pièce 1 vers l’est.
Après la démolition de la voûte, la cave a été abandonnée et recouverte par des matériaux extrêmement hétérogènes, provenant de la démolition de la voûte elle-même et d’autres structures (Fig. 10).
Ces gravats constituent un sol mal compacté. Au premier étage, la Pièce 2 (10,72 × 5,88 m) apparaît comme un seul grand espace (Fig. 11) suite à la démolition des différents murs qui la subdivisaient en pièces plus petites dans la phase précédant immédiatement l’état actuel (Fig. 12).
Figure 9. Vue des traces de l’ancienne voute de la cave.
Le deuxième niveau est constitué par les combles (Pièce 3 ; Fig. 13). Il s’agit là encore d’un grand espace unique (10,52 × 6,10 m) couvert par une charpente à demi-fermes et à pannes en chêne dans un comble à surcroît et sous une toiture en appentis et à croupe avec une hauteur maximale (Mur 2) de 6,90 m et minimale de 0,90 m (Mur 4 ; Fig. 14).
Figure 10. Plan du rez-de-chaussée avec les sondages, US et Faits principaux.
Figure 11. Plan du premier étage avec les sondages, US et Faits principaux.
Figure 12. Vue de la Pièce 2 vers l’est. Photo: Piero Gilento, Inrap.
Figure 13. Plan du deuxième étage avec les sondages, US et Faits principaux.
Figure 14. Vue de la Pièce 3 vers l’est. Photo : Piero Gilento, Inrap.
Le bâtiment a été analysé dans son intégralité, accompagné d’un relevé photogrammétrique. Deux sondages ont été réalisés dans le sol de la cave, respectivement contre le Mur 2 (Sud) et le Mur 3 (Est). Il s’agit de deux sondages extrêmement réduits en taille, dont les dépôts archéologiques découverts n’ont été que partiellement fouillés. Pour ces raisons, les résultats qui en dérivent doivent être considérés comme partiels. Quatorze autres sondages ont été réalisés sur les murs. Bien que la stratigraphie murale soit bien visible, il a été nécessaire de réaliser des piquetages à la main avec une petite pioche pour mieux mettre en évidence les interfaces entre les différentes unités stratigraphiques. Grâce au piquetage, il a également été possible de récupérer des échantillons de mortier à partir desquels du matériel organique (fibres végétales et charbon) a été prélevé pour être daté par la méthode 14C (voir 5.2). La charpente a été étudiée et des prélèvements de bois ont été effectués pour datation par dendrochronologie (Perrault, 2023Perrault, C. (2023). Loches (Indre-et-Loire). Datation par dendrochronologie de la charpente du 3 place aux Marché aux Légumes. Rapport d’étude. Besançon.).
Les documents écrits sont plutôt rares et non exhaustifs par rapport au bâtiment étudié. Au contraire, les sources iconographiques, bien qu’en partie liées au bâtiment situé au 3 de la Place du Marché aux Légumes, contiennent plus d’informations pour tenter de retracer l’évolution de la zone d’étude, et donc de la maison, sur plusieurs siècles. En effet, le document le plus ancien est la vue de Belleforest, une représentation de la ville imprimée en 1575. La gravure représente la ville densément bâtie le long du mur d’enceinte, des places et des rues, qui correspondent à la rue Saint-Antoine et à la Grande rue. Sur cette image figure bien la tour Saint-Antoine, tandis que la nef de l’église semble sommairement représentée comme un bâtiment qui n’est pas dans le même axe que les maisons bâties le long des rues et se développe à l’ouest de la tour (Fig. 15).
Figure 15. « La ville et chasteau de Loches », gravure de François de Belleforest, 1575. Accessible en ligne: https://collections.departement-touraine.fr/ark:/56776/003128958
La première mention d’une maison proche de l’église Saint-Antoine a lieu en 1643 dans la reconnaissance d’une rente de 50 sols due à la fabrique (FRAD37 G858). La maison est située près de la chapelle Saint-Antoine, une petite cour les séparant et se compose de la maison, de la cour, d’un puits et « d’aisances » ou latrines. Le document d’archives indique qu’avant d’entrer dans les biens de la paroisse, c’est-à-dire avant 1643, le bâtiment appartenait à une autre personne. La maison est bâtie le long de la rue Saint-Antoine et « par le derrière » joignant au mur de ville. Ainsi, elle se trouve assurément au nord de la rue St-Antoine et ne pouvait donc pas correspondre au bâtiment que nous avons étudié. Une seconde maison appartenant à la paroisse près de l’église Saint-Antoine est attestée par une reconnaissance de biens sur une rente annuelle de 25 sols en 1683. Elle est localisée, « joignant dun long a leglize dudit saint Antoine du costé à la rue », au sud « du pavé du roy » et à l’est de la propriété des vicaires. Elle pourrait donc se trouver dans l’îlot correspondant à la zone d’étude mais malheureusement, en raison des descriptions extrêmement succinctes, nous ne pouvons pas affirmer que la maison puisse correspondre au bâtiment objet de la recherche. Malgré ces limitations, le document d’archive est important car il mentionne la présence dans la zone proche du diagnostic archéologique, en plus des deux maisons décrites ci-dessus, également une maison appartenant aux vicaires. Par ailleurs, le document démontre clairement la politique d’acquisition de biens immobiliers par la paroisse à proximité de l’église.
La ville de Loches est aussi représentée sur des plans de ville ou des plans itinéraires au XVIIIe s. Cependant, la plupart du temps, la zone d’étude n’est pas détaillée, comme le plan de Loches dressé pour le comte d’Argenson ou l’atlas de Trudaine qui ne détaillent pas le parcellaire (Fig. 16).
De même, le plan de la route de Tours en Berry au XVIIIe s. n’est pas détaillé, seule l’église est représentée de manière schématique au débouché de la rue (Fig. 17).
Figure 16. Extrait du « plan de la ville de Loches dressé pour monsseigneur le comte d’Argenson, gouverneur de Loches et Beaulieu, par Lhuillier père et fils, ingénieurs géographes du roi », entre 1751 et 1756, conservé à la bibliothèque municipale de Loches.
Figure 17. Extrait du plan de la route de Tours en Berry, XVIIIe s. (ADIL C188/8)
Extrait du plan de la route de Tours en Berry, XVIIIe s. (ADIL C188/8).
Dans tous les cas, la cartographie du XVIIIe siècle et celle du début du XIXe siècle (le plan napoléonien de 1826, voir Fig. 3) montrent clairement comment le quartier où se trouve le bâtiment objet d’étude est encore enfermé à l’intérieur des remparts. Ce n’est qu’à travers une pétition citoyenne de 1845 qu’il sera possible d’initier d’importantes modifications spatiales et structurelles dans cette zone de la ville, notamment la réalisation de la Place du Marché aux Légumes. La démolition des bâtiments qui occupaient l’actuelle place n’a lieu qu’en 1860 (Montoux, 1974Montoux, A. (1974). Vieux logis de Touraine, 1ère série. Chambray-Lès-Tours: CLD., p. 103). La maison au 3 de la Place du Marché aux Légumes ne semble pas directement concernée par cette réorganisation structurelle et fonctionnelle de la zone, car des changements importants sur la façade semblent se produire auparavant (voir ci-dessous).
Par contre, les plans d’aménagement de la place du Marché aux Légumes au XIXe s. ne représentent pas l’ensemble de la place, mais seulement quelques bâtiments précis, comme le palais de justice (FRAD37 4 N 175 PL4/5). Il n’est donc pas possible d’obtenir des informations plus détaillées sur le bâtiment objet de la recherche.
Le fonds iconographique des Archives départementales conserve une estampe et des vues anciennes de la ville. L’estampe du début du XXe s. présente en premier plan la place du Marché aux Légumes, avec la tour Saint-Antoine en arrière-plan et permet d’observer la façade des numéros 1 et 3 (Fig. 18). Cette gravure nous montre la situation quelques décennies après la création de la place, qui semble n’avoir subi aucun changement notable jusqu’à aujourd’hui, du moins sur les surfaces extérieures des bâtiments.
Figure 18. Estampe, Loches, le jour du Marché (ADIL 8 Fi 0416).
Dans une vue aérienne du milieu du XXe, le photographe se trouve nettement au nord-est de la tour Saint-Antoine, sur la place de la statue d’A. de Vigny. La place du Marché aux Légumes se trouve occultée, mais on distingue clairement l’intérieur de l’îlot correspondant à la zone d’étude (Fig. 19). D’après ce qui précède, la zone d’investigation est fortement caractérisée par la présence de l’église Saint-Antoine, bien documentée par les sources écrites et graphiques depuis au moins la première moitié du XVIe s. L’église est détruite en 1836, mais le clocher est préservé (Montoux, 1985Montoux, A. (1985). Loches et Beaulieu-lès-Loches. Chambray-lès-Tours: CLD., p. 67). Pour la même période, les sources graphiques nous montrent bien que la zone autour de l’église est densément occupée par des bâtiments qui ne sont cependant pas bien définis. C’est seulement avec le cadastre napoléonien de 1826 que nous avons un plan détaillé de Loches, où sont indiquées les parcelles des bâtiments. Sur le même plan, il est possible d’observer clairement que la place du Marché aux Légumes n’existe pas encore et sa création, avec les importantes modifications urbanistiques qui y sont liées, date bien de 1860.
Figure 19. Loches, vue aérienne de la tour Saint-Antoine, photographie Roger Henrard, après 1950 (ADIL 17 Fi 0081).
Ci-dessous les résultats obtenus en croisant les données issues des deux sondages dans la cave, de l’analyse des murs et de la charpente avec les données archéométriques et archivistiques/iconographiques.
La recherche a permis de reconnaître cinq périodes de construction qui vont au moins du XIIIe siècle jusqu’au XXe siècle. Certaines ont fait l’objet d’une subdivision en plusieurs phases (Fig. 20).
Figure 20. Diagramme stratigraphique des murs 3, 5 et 6.
Nous avons attribué à cette période deux structures probables (F103-US1012 et F104-US1020) trouvées dans le sondage 2 réalisé dans la cave et situées respectivement sur son côté ouest et l’autre sur l’angle nord-est (Fig. 21). US1012 est un ensemble de gros moellons qui semble suivre une orientation nord-sud et paraît s’enfoncer dans le sol en affichant une légère obliquité. Ceci suggèrerait la présence d’une structure (F103 ; fosse ? puits ?) pour laquelle il est difficile de proposer une fonction en raison de la faible surface fouillée. Cette probable structure pourrait être reliée à celle (F104) présente dans l’angle sud-est du sondage. À l’angle entre les Murs 2 et 3 se trouve une série d’éléments de forme irrégulière en calcaire tendre blanc/jaune jointoyés avec de la terre et peut-être un peu de mortier de chaux (F104-US1020). Il est typologiquement similaire à US1012 et nous le considérons pour cette raison comme appartenant à la même période. Toutes les unités stratigraphiques fouillées s’appuient sur ces deux structures, qui sont donc à considérer à l’heure actuelle comme les plus anciennes découvertes du présent diagnostic.
Figure 21. Sondage 2, plan et coupe nord.
Le Moyen Âge central est un moment historique bien représenté et daté grâce à la céramique découverte dans le sondage 2. Ce sondage a en effet fourni un gisement primaire réparti sur trois unités stratigraphiques (F105-US1013, 1015 et 1017 ; Fig. 22). US1013 est un niveau de sédiment orange foncé, de consistance argileuse assez compacte, avec la présence de fragments de fer, de céramique et de faune.
Figure 22. Lot de céramiques seconde moitié XIIIe-début XIVe siècle. Dessins et photo: Jérôme Bouillon, Inrap.
Son épaisseur est relativement réduite vers l’ouest et atteint environ 0,35 m vers l’est, à proximité du Mur 3. Il semblerait que la formation de US1013 soit liée à une activité de stockage (F105) après la réalisation d’un creusement (US1019). US1013 recouvre une couche (US1015) composée d’un sédiment de couleur marron foncée, mélangé à de la cendre et contient de nombreux charbons. La fouille de cette US a fourni un nombre abondant de restes fauniques, des fragments d’enduit et de mortier gris, deux parties d’une même colonnette ainsi qu’une quantité considérable de fragments de céramique. Il s’agit d’un niveau de terrain évoquant un contexte d’occupation domestique lié au stockage et/ou à l’évacuation des déchets de cuisine. En dessous des US1015 se trouve une couche composée de sédiment brun foncé, plutôt meuble et mélangé à du sable et des pierres, de tailles et de formes variées (US1017). Ce niveau US1017, localisé au fond du sondage, a fourni la plus grande quantité de restes fauniques et un volume conséquent de céramique. À noter que des fragments de verre et des scories de verre et de métal y ont également été trouvés. Il a enfin fourni des petits fragments épars d’enduit blanc.
Avec un ensemble faiblement fragmenté représentant plus des ¾ du corpus global, les US 1013, 1015 et 1017 offrent un mobilier homogène en dépôt primaire, caractéristique de la seconde moitié XIIIe-début XIVe siècle. L’ensemble est représentatif d’un matériel de consommation domestique où contenant à liquide de type cruche et pichet, ou encore des pots culinaires de type coquemar, voire oule, mais aussi des récipients de stockage de type vase réserve, sont plus largement illustrés dans des productions locales déjà identifiées dans les niveaux de consommation de Touraine et du Poitou (Husi, 2003Husi, P., éd. (2003). La céramique médiévale et moderne du Centre-Ouest de la France (11e-17e siècle). Chrono-typologie de la céramique et approvisionnement de la vallée de la Loire moyenne. Supplément à la Revue Archéologique du Centre de la France, n. 20. Tours: Feracf., 2018Husi, P. (2018). “Réseau ICÉRAMM. Information sur la CÉRAmique Médiévale et Moderne”. Réseau ICÉRAMM. Information sur la CÉRAmique Médiévale et Moderne [en ligne], URL: http://iceramm.univ-tours.fr/ [lien verifié le 04/09/2025]).
Le matériel recueilli préfigure de l’accroche de niveaux domestiques en place ou tout au moins de rejets de consommation en remblai au cœur de la salle 1 où se développent ces niveaux. Cependant, ces assemblages céramiques sont extraits d’un sondage en limites inférieures de fond d’exploration et par conséquent voient leur mise en contexte difficilement exploitable en l’état des investigations archéologiques.
Il convient de retenir qu’au-delà de la bonne facture de l’ensemble, permettant des recollages de formes complètes, ce sont des stigmates de desquamation et altération de parois qui impactent plusieurs des exemplaires observés. Ces phénomènes pourraient être mis en relation avec une possible activité de forge qui trouverait argument dans les concrétions de résidus métalliques retrouvées accumulées au fond d’une cruche archéologiquement complète, une fonction secondaire comme bac de trempe étant proposée avec toutes les réserves d’usage.
Des similitudes technologiques s’affirment pour ces faciès en pâte semi grossière à fine de teinte blanc-beige à blanche avec les groupes techniques à teneur kaolinitique en diffusion entre Touraine et Poitou. Cependant un parallèle portant plus précisément sur les productions émanant de l’atelier de Lureuil, localisé 50 kilomètres plus au sud (Bouillon in Chimier, Bouillon et Gardére, 2021Chimier, J.-P., Bouillon, J. et Gardére, P. (2021). Lureuil (36). Les Bois de Fontmaure. Rapport de diagnostic. Tours: Inrap Centre-Île-de-France, SRA Centre., pp. 72-86) pourrait être à envisager. En l’absence d’analyse physico-chimique, cette hypothèse reste à étayer. Ce rapprochement technologique peut néanmoins s’agrémenter d’une mise en corrélation typologique. Outre les coquemars et les pichets, la gamme de production attestée pour cette officine s’étend également aux cruches dont le bec verseur tubulaire est régulièrement associé à un système de filtration par perforation de la panse, type similaire à l’exemplaire en pâte blanc-beige archéologiquement complet retrouvé dans l’US1017.
L’étude de la faune des US1013, 1015 et 1017 a également montré que l’échantillon est composé exclusivement de restes appartenant à des animaux domestiques (Figs. 23 et 24). Les animaux de basse-cour dominent en nombre de restes alors que les caprinés sont majoritaires avec la masse des ossements. Les organes présents laissent plutôt penser que les restes correspondent à des rejets primaires de boucherie. Les âges de mortalités indiquent que plusieurs classes d’âge sont présentes. Certaines viandes proviennent d’animaux élevés pour la production carnée, soit une viande de qualité et d’autres proviennent d’animaux réformés, soit des viandes plus médiocres ou plus difficiles à cuisiner. Il est à noter que les pathologies sont assez nombreuses, aussi bien dentaires, traumatiques que de contraintes. L’individu chien est particulièrement intéressant pour documenter et discuter des origines des races canines.
Figure 23. Composition générale de la faune (* Individu). Auteur : Séverine Braguier, Inrap.
Figure 24. Fréquence des espèces. NR et masse des ossements. Auteur : Séverine Braguier, Inrap.
Malheureusement, le contexte des fouilles est si limité qu’il est impossible de se risquer à d’autres interprétations. Les niveaux archéologiques ne sont en effet liés à aucune structure ou sol, ce qui laisserait penser à une accumulation d’ordures ménagères. Cependant, on ne peut pas savoir s’il s’agit d’une zone de rejet, par exemple d’un puits, ou d’un niveau d’habitation. A cet égard, les deux structures F103 et 104, attribuées à la Période I, pourraient renforcer la première hypothèse. Clarifier ce point serait extrêmement important pour pouvoir caractériser les niveaux d’occupation dans cette zone de la ville entre le XIIIe et le XIVe siècle. Une autre question à laquelle nous ne pouvons répondre est de savoir s’il s’agissait d’une occupation domestique laïque ou cléricale. Le matériel céramique ne nous donne pas d’informations plus précises en ce sens. Par ailleurs, pour cette période il n’est pas possible de préciser le lien avec l’église Saint-Antoine, parce que la première mention de l’église est de 1504. La seule donnée certaine dont nous disposons est qu’entre les XIIIe et XIVe siècles, dans cette zone de la ville, entre les deux tracés des enceintes, existait une activité domestique et probablement artisanale.
Les seules structures murales que nous avons attribuées à cette époque sont conservées dans les combles (Pièce 3). En effet, la partie haute du mur pignon est (Mur 3) conserve les traces des solins d’une première charpente (F1213-US1119, US1120, US1121 et US1122) mais aucun de ces solins n’a été conservé ou réutilisé dans l’actuelle (Fig. 25). Ces traces sur le mur pignon oriental démontrent la présence d’une charpente à chevrons formant fermes antérieure à une structure du même type mise en place au plus tôt en 1514 (voir ci-dessous Période III-Phase 2).
Figure 25. Détail de la partie supérieure du mur 3 dans la Pièce 3, caractérisé par la présence des traces de solins d’une probable charpente antérieure au début du XVIe siècle (F123). Photo: Piero Gilento, Inrap.
Les traces de cette deuxième charpente sont représentées par les chevrons réemployés dans la charpente actuelle. Son étude structurale et typologique a démontré que les chevrons, datés par dendrochronologie de 1514, en réemploi dans la charpente la plus récente, mais dont l’origine reste à établir (ils pourraient en effet provenir d’un autre bâtiment, voir ci-dessous), sont très longs et ne peuvent donc pas correspondre aux traces des solins de la probable première charpente (Fig. 26). La maçonnerie associée à la phase 1 de la Période III est composée de pierres de taille (US1106, US1107, US1115 et US1116) et d’une partie de maçonnerie de moellons (US1103), qui sont datées avant 1514. Cette hypothèse de datation est proposée à la suite du croisement d’un ensemble de données provenant de la stratigraphie, des techniques de maçonnerie et de l’analyse de la charpente. En effet, sur le plan stratigraphique, l’ensemble des US citées ci-dessus fait partie d’une même activité de construction relative à l’édification de la partie supérieure du pignon est (Mur 3). Il s’agit d’une portion de mur composée, comme nous l’avons déjà souligné ci-dessus, de deux techniques de construction: des moellons et des pierres de taille, liées structurellement entre elles. Grâce à l’analyse des relations stratigraphiques, cette activité de construction s’avère être la plus ancienne identifiée dans la partie supérieure du Mur 3. Aux données stratigraphiques s’ajoutent celles de la comparaison typologique des techniques de maçonnerie avec d’autres localités (Litoux et Carré, 2008Litoux, E. et Carré, G. (2008). Manoirs médiévaux, maisons habitées, maisons fortifiées (XIIe-XVe siècles). Paris: Rempart., pp. 98-105), qui confirment la présence de moellons et de pierres de taille entre le XVe et le début du XVIe siècle. À ces deux données s’ajoutent les données issues de l’analyse de la charpente. Cette analyse a clairement démontré que les traces des solins sur la maçonnerie de cette première phase de construction peuvent être attribuées à une charpente datant d’avant 1514.
Figure 26. Plan des combles avec indication des maçonneries de la Période III – Phase 1.
Divers échantillons de mortier et de matériel organique ont été prélevés dans ces unités stratigraphiques afin d’obtenir une datation par 14C (voir 5.2). Ainsi, une fibre végétale a pu livrer plusieurs intervalles chronologiques entre le dernier tiers du XVIIe siècle et la première moitié du XXe siècle (prélèvement n. 19_1103). L’intervalle qui présente le pourcentage le plus élevé de probabilité (42,6 %) est daté entre 1720 et 1816. Malgré cette datation, qui contraste avec les résultats de la lecture stratigraphique et de l’analyse de la charpente qui attribuent le mur à un horizon chronologique entre le XVe et le début du XVIe siècle, nous avons maintenu l’attribution chronologique de US1103 au XVe-début XVIe siècle (Figs. 27 et 28).
Cette discordance des données archéométriques par rapport aux données stratigraphiques, typologiques et d’analyse de la charpente peut, selon nous, s’expliquer par une reprise des joints probablement liée à des activités de réparation des combles en relation avec la reconstruction de la charpente en place, dont la mise en œuvre est datée au plus tôt de 1793 (voir ci-dessous). Les données archéométriques (dendrochronologie et datation 14C) correspondraient parfaitement entre elles dans ce cas.
En conclusion, avec ces quelques traces dont nous disposons, nous pouvons émettre l’hypothèse qu’avant le début du XVIe siècle au plus tard, il existait déjà une maison sur trois niveaux, à peu près de la même largeur (nord-sud) que l’actuelle et dotée d’un toit à double pente couvert par une charpente à chevrons formant fermes, dont aucun élément en bois n’est plus conservé, probablement en raison d’un incendie ou suite au remplacement total des éléments.
Les seules maçonneries liées à cette probable première charpente sont justement celles mises au jour sur la partie supérieure du Mur 3, à travers lesquelles il est néanmoins possible d’avoir une idée approximative des volumes de ce premier bâtiment. Les lourdes interventions qui ont suivi ont en effet énormément affecté sa structure, rendant extrêmement difficile l’identification de restes de murs supplémentaires de cette première phase de construction.
Figure 27. Lecture stratigraphique sur orthoimage des Murs 3, 5 et 6.
Figure 28. Lecture stratigraphique et phasage des Murs 3, 5 et 6.
Un projet de construction d’une vaste résidence datée entre le XVIe et le XVIIe siècle devait comprendre approximativement les volumes actuels des maisons située au 1 et 3, place du Marché aux Légumes et ceux des maisons situées au 16, rue Saint-Antoine et au 23, de la Grande rue (Fig. 29). Pour la maison au 3, place du Marché aux Légumes les vestiges de cette époque sont visibles dans la partie basse du Mur 2 (US1319, US1322, US1323, US1324, US1325, US1327 et US1328, voir Figs. 35 et 36) et sur une bonne partie du Mur 3 dans les pièces 1 et 2 (on retient uniquement les unités stratigraphiques les plus significatives: US1018, US1024, US1064, US1044, US1074, voir Figs. 31 et 32). US1018 a été interprétée comme étant la fondation du mur par la position qu’elle occupe et au vu des relations stratigraphiques mises en évidence.
Figure 29. Reconstitution du plan de la maison la Période III – Phase 2 et de l’organisation des espaces et de la mobilité interne.
Le regroupement des unités stratigraphiques dans la même période de construction a été possible grâce à la présence de différents indicateurs communs: le mortier, le type de pierre, les dimensions des éléments et leur organisation. Le mortier est en effet extrêmement similaire parmi les nombreuses US identifiées. Il s’agit d’un mortier de couleur blanc / gris, de consistance plutôt friable et avec de gros agrégats. Les maçonneries sont composées d’éléments principalement en calcaire blanc/jaune et rouge, simplement dégrossies, de formes et de tailles irrégulières et organisés en assises sub-horizontales. La différence entre les techniques de maçonnerie est principalement due à une hétérogénéité du matériau utilisé qui, en partie, semble avoir été conçu spécifiquement pour ce chantier, mais qui est en partie aussi composé d’éléments en remploi. La présence de techniques de maçonnerie différentes peut également être due à différentes équipes de maçons travaillant sur différentes journées de chantier et à l’approvisionnement en matériaux de construction. En plus de cela, nous pensons qu’il y a eu des reprises des murs pas trop éloignées dans le temps pour une proximité technologique entre elles.
Pour la construction de la fondation (F102-US1018) du Mur 3, les niveaux du XIIIe-XIVe (voir Période II) siècles trouvés dans le sondage 2 sont creusés (US1007) et le mur (US1024) d’une probable cave antérieure à la dernière cave active est érigé. La datation 14C de US1018 (prélèvement n. 20_1018) nous fournit pour l’instant les seules données cohérentes avec la lecture stratigraphique, et qui permettrait de situer la construction de ce mur, et donc l’aménagement de cette deuxième maison, entre la toute fin du XVe siècle et le deuxième tiers du XVIIe siècle. Le Mur 4 dans sa partie interne conserve peu de traces de cette époque (US1221, US1222, US1264 et US1274), qui sont pourtant très importantes pour définir les volumes de la maison de cette époque (Figs. 30 et 31). Il s’agit des portions murales composée d’éléments de dimensions irrégulières, certains réutilisés, organisés en rangées presque régulières. Le mortier est de couleur blanc/gris, plutôt tenace, composé de sable de taille moyenne et de granulats de taille moyenne à petite. L’analyse de la partie ouest du Mur 4 a mis en évidence certains indices qui suggèrent que ce mur aurait pu s’étendre vers l’ouest, en direction de l’actuelle place du Marché aux Légumes, entre le XVIe et le XVIIe siècle, augmentant ainsi le volume du bâtiment par rapport à celui d’aujourd’hui. En premier lieu, des traces d’une probable ouverture (F136) ont été découvertes, dont la présence ne peut être justifiée que si le mur se poursuit effectivement vers l’ouest. De plus, un creusement vertical (US1265) sur toute la hauteur de l’US1264 montre que cette portion de mur a subi une intervention importante, probablement visant à réduire la taille du bâtiment avec la reconstruction et le déplacement de la façade de la place vers l’est (voir ci-dessous).
La tourelle-escalier fait partie de ce projet de construction et constitue en effet un élément distinctif. Il s’agit d’une structure hexagonale, de 10 m de hauteur et construite en pierre de taille, comprenant six portes (EA39, 44, 45, 47, 48 et 49) et trois fenêtres (EA42, 43 et 46 ; Figs. 32 et 33). La fenêtre EA42 et les portes EA45, 48 et 49 donnaient sur d’autres pièces qui font vraisemblablement aujourd’hui partie de la maison au 16, rue Saint Antoine. Ces indices nous amènent à émettre l’hypothèse que la maison actuelle du 3, place du Marché aux Légumes n’est qu’une partie d’une demeure autrement plus vaste qui comprenait également quelques pièces qui font aujourd’hui partie des maisons situées au 16, rue Saint Antoine et au 23, de la Grande rue. Cette hypothèse semble être confirmée par le fait que des travaux récents (F147) au rez-de-chaussée de la tourelle ont bloqué un passage menant à la cave qui appartient actuellement à la maison située rue Saint-Antoine. De la même propriété, il a été possible d’observer le reste de la tour/escalier qui continue en dessous du niveau actuel de la rue et qui mène à une grande cave voûtée bien conservée. La voûte est construite en pierre de taille, tandis que les murs sont composés de gros moellons. Les mêmes caractéristiques constructives ont été enregistrées dans la cave présente dans l’habitation actuellement accessible depuis le 23 de la Grande Rue. Il n’a pas été possible d’analyser en détail ces deux structures qui semblent néanmoins liées, pour des raisons principalement techniques, à la construction de la grande demeure du XVIe – XVIIe siècle. Au contraire, l’analyse des murs situés sous le niveau actuel du sol de l’habitation au 3 de la place du Marché aux Légumes n’a pas fourni d’indices suffisants de la présence d’une cave à cette période de construction. La maison objet du diagnostic sera certainement équipée d’une cave dans la période suivante (voir ci-dessous).
Depuis la porte EA44, qui présente un élément décoratif sur la partie orientale du linteau, on accède à la pièce 4, couverte d’une voûte sur croisée d’ogives (EA38), puis à la pièce 2. L’analyse stratigraphique du mur est (Mur 5) de la pièce 4 a mis en évidence la présence d’un passage plus ancien dont subsistent deux portions de mur (US1218 et US1219), respectivement au nord et au sud, qui soutiennent la voûte (US1221). Le culot de retombée de la voute est bien conservé dans l’angle sud-est et est orné d’un ange, bien conservé et en partie recouvert d’une couche rouge qui fut mise en lumière après le retrait d’une récente couche de peinture blanche (Fig. 34). En revanche, celui de l’angle nord-est a été presque entièrement effacé par la construction du conduit (EA53-F126) d’une cheminée située au rez-de-chaussée. Les portions de mur US1218 et US1219 semblent avoir été affectées respectivement par deux creusements (US1214 et US1216) réalisés pour la construction d’un mur (voir ci-dessous) en éléments simplement dégrossis disposés en rangées presque régulières avec utilisation de pierres de calage (US1213). Ces traces (F116) pourraient évoquer la possibilité qu’une grande ouverture vers l’est ait existé, créant ainsi un lien direct avec les pièces de la maison située au n° 23 de la Grande Rue. Une autre hypothèse est qu’il s’agissait simplement d’une grande niche dans le mur, qui aurait ensuite été fermée.
Figure 30. Lecture stratigraphique sur orthoimage de l’intérieur du Mur 4.
Figure 31. Lecture stratigraphique et phasage de l’intérieur du Mur 4.
Figure 32. Lecture stratigraphique sur orthoimage de l’intérieur de la tour d’escalier (Mur 6, 7, 8 et 9).
Figure 33. Lecture stratigraphique et phasage de l’intérieur de la tour d’escalier (Mur 6, 7, 8 et 9).
Figure 34. Détail du culot de retombée de la voute orné d’un ange. Photo : Nicolas Holzem, Inrap.
La tour mène à un deuxième niveau, où seules de faibles traces de cette période sont conservées (US1142 et US1164 dans la Pièce 3). Il est donc difficile de proposer une reconstitution des espaces à ce niveau et de la charpente qui leur était associée. A cet égard, l’étude de la charpente a mis en évidence une phase de construction (état 2) datée de 1514 et relative à une charpente à chevrons formant fermes. Cette datation est en accord avec celle de la construction de la fondation du Mur 3 (US1018) remontant aux XVe-XVIIe siècles. Comme mentionné précédemment, les chevrons datés de cette époque ont été réutilisés dans la charpente actuelle. Le problème est qu’il nous manque quelques éléments structurels pour pouvoir affirmer avec certitude que la charpente de 1514 appartenait bien à la maison au 3, place du Marché aux Légumes. En effet, le bois réutilisé dans la charpente actuelle pourrait avoir été récupéré d’un autre bâtiment. Pour cette raison, malgré la cohérence des données provenant de l’étude de la charpente avec les données stratigraphiques et archéométriques, nous devons néanmoins être prudents dans leur utilisation.
Malgré cela, nous disposons de suffisamment d’éléments pour pouvoir proposer une restitution de la maison des XVIe-XVIIe siècles. C’était une demeure composée de grands volumes organisés sur deux niveaux, en plus des combles et des caves, qui se développent autour d’une cour centrale (l’actuelle Pièce 7) en direction nord, est et sud et la forme du plan devait être en « U ». Probablement qu’à cette époque une partie de la maison avançait davantage sur la place du Marché aux Légumes comme semble le démontrer la lecture stratigraphique (voir ci-dessus).
La tourelle, située au fond de la cour, était bien visible depuis la place et servait autant d’élément décoratif que de symbole de prestige. Son analyse a été d’une importance fondamentale pour mieux comprendre la spatialité de cette grande demeure, comme le démontrent les données présentées et discutées ci-dessus.
On attribue aux XVIIIe-XIXe siècles un important projet de réaménagement de la maison des XVIe-XVIIe siècles qui entraîna une subdivision drastique de ses espaces d’origine. Les traces de ces changements sont surtout visibles dans la tourelle, où une série de portes et fenêtres sont bouchées (F142, 143, 144 et 145) justement pour bloquer le passage vers les pièces de la maison plus ancienne située à l’est (voir ci-dessus). Un autre exemple de fermeture (F116) est celui du Mur 5 de la salle à voute sur croises d’ogives (Pièce 4 ; voir Figs. 31 et 32). Les changements les plus importants concernent cependant la reconstruction totale de la façade (Mur 1), en retrait par rapport à l’ancienne façade, la surélévation des Murs 2 et 3 ainsi que la reconstruction quasi totale du Mur 4. La partie ouest de ce mur présente en effet un grand creusement vertical (US1265) qui affecte les vestiges du mur plus ancien (US1264) auquel la présence d’une fenêtre devait également être liée (voir ci-dessus). Sur ce mur s’appuie une nouvelle maçonnerie (US1263) composée de pierres de taille en partie réutilisées et de pierres simplement dégrossis organisées en rangées presque régulières. L’épaisseur des joints varie entre 2 et 5 cm et le mortier est constitué de terre beige assez résistant, composé de sable fin et de petits granulats. Il contient également des petits nodules blancs et des traces probables de chaux. Ce mur intérieur est structurellement lié à la façade actuelle du bâtiment. Le programme décoratif de la façade présente des lésènes, des fenêtres avec corniches, une large frise décorée de triglyphes et de cercles et une corniche de couronnement. Le même programme décoratif est conservé également sur la partie haute du Mur 4 (Nord ; Fig. 35) et est datables par des comparaisons typologiques à l’époque de Louis XVI (Montoux, 1974Montoux, A. (1974). Vieux logis de Touraine, 1ère série. Chambray-Lès-Tours: CLD., p. 103).
Figure 35. Détail du programme décoratif de la période IV conservé sur la partie haute du Mur 4 (Nord).
Photo : Piero Gilento, Inrap.
Figure 36. Lecture stratigraphique sur orthoimage du Mur 2.
À ces grands travaux s’associe le changement de l’aménagement des combles pour la construction d’une nouvelle charpente à demi-fermes et à pannes (F132). Cette charpente est mise en œuvre au plus tôt en 1793 (par dendrochronologie, voir Perrault, 2023Perrault, C. (2023). Loches (Indre-et-Loire). Datation par dendrochronologie de la charpente du 3 place aux Marché aux Légumes. Rapport d’étude. Besançon.) et nous fournit des données chronologiques importantes pour circonscrire temporellement ce projet de construction (Figs. 36 et 37). À la même époque fut construite la cave avec une voute en pierre de taille (F100) et probablement liée aux caves décrites ci-dessus, appartenant aux maisons de la rue Saint-Antoine et de la Grande Rue. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la maison conserve donc la cour et la tourelle, présente un plan en «L» et occupe à peu près les mêmes volumes que l’actuelle maison objet de l’étude. Le grand changement s’opère dans les combles, en façade et sur le gouttereau nord. Dans les combles, la reconstruction de la charpente implique la réutilisation du bois d’une autre charpente plus ancienne et entraîne une augmentation considérable des volumes du bâtiment. De plus, la lecture stratigraphique montre que la façade a subi un déplacement vers l’intérieur par rapport à la place actuelle. La décoration de la nouvelle façade propose, par comparaison stylistique, un horizon de la fin du XVIIIe siècle, une datation qui correspond parfaitement à celle de la charpente.
On peut donc émettre l’hypothèse que les changements entre la fin du XVIIIe et le milieu du XIXe sont liés au fractionnement de la grande propriété.
Figure 37. Lecture stratigraphique et phasage du Mur 2.
Dans la première moitié du XXe siècle, la maison n’a changé ni en volume ni en plan. Nous avons attribué à cette phase des activités de construction limitées portant principalement sur les aspects décoratifs. Les surfaces des murs intérieurs de la tourelle-escalier sont peintes (US1200) reproduisant la pierre de taille, de la même façon les Murs 2 et 3 de la Pièce 2 sont recouverts d’un enduit jaune (US1100 ; Figs. 31 et 32). Ces couches de peinture recouvrent les panneaux des portes et se situent stratigraphiquement dans les phases de construction les plus récentes du bâtiment. Un enduit gris et plus friable (US1102) est appliqué sur le Mur 3 dans la Pièce 3. Une cheminée (EA10) est reconstruite dans le Mur 2 dans la Pièce 2 et la cave est réorganisée avec des structures en dalles de calcaire verticales (F101 ; Figs. 35
et 36).
Dans cette dernière phase de la vie de la maison, des interventions extrêmement lourdes sont réalisées qui, bien que ne modifiant pas l’aspect général, compromettent fortement son aspect esthétique et fonctionnel. La cave a été démolie et remplie avec les pierres de la voute et autres matériaux de construction (US1000 et US1001), la condamnant définitivement. La démolition de la voûte a probablement fragilisé le mur sud (Mur 2), déjà fragilisé auparavant en raison des travaux qui y ont été effectués. C’est pour cette raison qui le mur est regarni avec une maçonnerie de petites pierres régulières liés par du mortier avec du ciment (US1326). La même technique de construction se retrouve sur la partie basse du Mur 5 et sur la partie est du Mur 4. Ce mur subit une destruction dans sa partie basse vers l’ouest en raison de la construction d’une grande ouverture (F139) en béton et acier, et qui désormais donne accès à un grand espace comprenant une partie de la cave et de la Pièce 1. À cette époque nous avons enregistré d’autres petites activités dans les combles (F119 et 129), avant l’abandon de la maison.
25 prélèvements de mortiers et de matière organique ont été effectués. Trois échantillons (deux de charbons et un de fibres végétales) ont été sélectionnés pour leur position stratigraphique et envoyés au laboratoire pour être datés par la méthode 14C2. Les résultats de deux échantillons (n° 19_1103 et 20_1018) ont déjà été discutés ci-dessus.
Voici quelques réflexions sur la datation de l’échantillon de charbon n° 08_1018 qui a donné une datation au Haut Moyen-Âge (VIIIe-Xe s.). Le charbon a été prélevé dans le mortier de la fondation probable (US1018) du mur pignon est (Mur 3) de la maison. La datation d’un autre charbon prélevé dans la même unité stratigraphique (n° 20_1018), mais en un point différent, place la construction de la structure entre le XVe et le XVIIe siècle, soit une donnée plus cohérente au vu des informations fournies par le bâti et par le contexte stratigraphique dans lequel elle s’insère. Ainsi, la datation indiquant le Haut Moyen-Âge peut être interprétée de deux manières différentes:
Nous discutons ci-dessous des données exposées ci-dessus en essayant de les résumer et de les insérer dans un contexte urbain et régional plus large.
À la Période I (XIIIe siècle, ou avant) nous avons donc attribué, à travers les relations stratigraphiques, deux structures probables trouvées dans le sondage 2 au sol de la cave et situées respectivement sur son côté ouest et l’autre sur l’angle nord-est. Il s’agit d’un ensemble de pierres de calcaire tendre, non travaillées et jointoyées avec de la terre et probablement du mortier. Il pourrait s’agir des restes d’une structure souterraine (un puits ?), mais l’hypothèse reste encore à vérifier. La Période II (XIIIe-XIVe siècle) est un moment historique bien représenté et daté grâce à la céramique découverte dans le sondage 2. Les niveaux archéologiques ne sont en effet liés à aucune structure ou sol, ce qui laisserait penser à un dépotoir. Cependant, on ne peut pas savoir s’il s’agit d’une zone de rejet opportuniste, profitant par exemple de l’implantation d’un puits, ou d’un niveau d’habitation. Comme indiqué dans le paragraphe précédent, la distinction de la Période III en deux phases a été possible grâce au croisement des résultats de l’analyse et de la datation de la charpente par dendrochronologie avec ceux de l’analyse stratigraphique des murs. Cette subdivision chronologique aurait nécessité plus de temps d’analyse sur le terrain pour vérifier certains aspects encore peu clairs. Dans la Phase III.1 (avant le début du XVIe siècle), il existait déjà une maison sur trois niveaux, à peu près de la même largeur (nord-sud) que l’actuelle et dotée d’un toit à double pente, dont aucun élément en bois n’est plus conservé, probablement en raison d’un incendie ou suite au remplacement total des éléments. Nous savons en effet que la partie supérieure du Mur 3 (le pignon est), composée d’une maçonnerie en pierre de taille et en partie en moellons, devait être en phase avec une première charpente certainement antérieure à 1514: l’année de la mise en place de la deuxième charpente dont les éléments sont réutilisés dans la troisième charpente, celle actuelle (datée de 1792-1793). La typologie planimétrique du bâtiment lié à cette charpente probable devait se développer sur une parcelle étroite, comme c’est le cas, par exemple, de nombreuses maisons à Tours pendant la Renaissance (Guillaume et Toulier, 1983Guillaume, J. et Toulier, B. (1983). “Tissu urbain et types de demeures: le cas de Tours”. Dans : Babelon, J.-P., Guillaume, J., Boudon, F. et al., La maison de ville à la Renaissance: recherches sur l’habitat urbain en Europe aux XVe et XVIe siècles: actes du colloque tenu à Tours du 10 au 14 mai 1977. Paris: Picard, pp. 9-24., p. 13). Cette datation est proposée, comme nous l’avons vu ci-dessus, par la stratigraphie et les comparaisons typologiques. Nous ne disposons pas de données chronologiques absolues pouvant confirmer cette information. C’est pourquoi une hypothèse de recherche est ouverte pour comprendre si ces vestiges de murs datant d’avant 1514 peuvent en réalité appartenir à la période précédente, c’est-à-dire aux XIIIe-XIVe siècles.
Les seuls vestiges matériels de cette période ont été identifiés pour le moment uniquement dans les niveaux creusés dans la cave et sont représentés par un lot de céramique très cohérent chronologiquement et d’autre mobilier associé. Au niveau des techniques de construction, les quelques données dont nous disposons sur la maçonnerie conservée dans la partie supérieure du pignon pourraient être cohérentes avec une datation au Moyen Âge central (Litoux et Carré, 2008Litoux, E. et Carré, G. (2008). Manoirs médiévaux, maisons habitées, maisons fortifiées (XIIe-XVe siècles). Paris: Rempart., pp. 98-105). De plus, les techniques de maçonnerie associées (pierre de taille et moellons) pourraient être rattachées à cette période. Le patrimoine civil médiéval est plus complexe à déchiffrer dans un tissu urbain très dense et qui a subi des changements importants au cours des siècles comme celui de Loches. Malgré ces difficultés, une analyse minutieuse des traces structurelles sur le patrimoine bâti existant a conduit à des résultats intéressants, par exemple à Tours en lien avec les recherches menées dans le quartier du Châteauneuf (Marot, 2020Marot, E. (2020). “Les maisons-tours, résidences de bourgeois au XIIe siècle à Châteauneuf (Tours)”. Dans : Hamon, É., Béghin, M. et Skupien, R., Formes de la maison. Entre Touraine et Flandre, du Moyen Âge aux temps modernes. Lille : Presses Universitaires du Septentrion, pp. 81-95., pp. 81-95). Un autre exemple est celui d’une maison étudiée à Bourges (Bryant, 2010Bryant, S. (2010). Cher, Bourges, 15-17 place Planchat. L’évolution d’une parcelle bâtie depuis le XIIIème siècle: le diagnostic archéologique d’une maison en pan de bois. Rapport de diagnostic. Saint Cyr-en-Val: Inrap Centre-Île-de-France, SRA Centre., p. 81) qui a également fourni dans ce cas des traces de construction probablement liées au XIIIe siècle. La même démarche pourrait probablement donner des résultats intéressants également pour le patrimoine bâti domestique médiéval de Loches.
Pour la phase suivante (Phase III.2), les éléments à notre disposition augmentent pour permettre de proposer une restitution de l’état du bâtiment à cette époque et de l’insérer dans un contexte urbain plus cohérent.
Entre le XVIe-XVIIe siècles la demeure est composée de grands volumes organisés sur deux niveaux, en plus des combles, reliés par une élégante tourelle-escalier et qui se développent autour d’une cour centrale en direction nord, est et sud et la forme du plan devait être en « U ». Les vestiges de murs de cette phase sont présents sur les différents niveaux du pignon est et nous avons identifié des traces réduites sur les murs périmétraux nord et sud. Dans tous ces cas, la technique de maçonnerie principale est représentée par de gros moellons. En revanche, la tourelle d’escalier et la salle à croisée d’ogive, qui la relie à l’aile sud du bâtiment, sont réalisées en pierre de taille et correspondent parfaitement aux programmes décoratifs de la Renaissance. La tourelle d’escalier en vis hors-œuvre fait en effet son apparition dès la fin du XIVe siècle et entre définitivement dans les codes de l’architecture seigneuriale du XVe siècle (Litoux et Carré, 2008Litoux, E. et Carré, G. (2008). Manoirs médiévaux, maisons habitées, maisons fortifiées (XIIe-XVe siècles). Paris: Rempart., pp. 116-117). Cette tour, située au fond de la cour, répond à la nécessité de desservir de manière indépendante le plus grand nombre possible de pièces par étage. De plus, l’escalier se poursuivait dans le sous-sol où il atteignait une grande cave voûtée (reliée, comme nous l’avons déjà vu, à la maison située rue Saint-Antoine).
C’est précisément l’étude des ouvertures de la tour et de la distribution des espaces qui a permis de proposer pour le XVIe-XVIIe siècle la présence d’un bâtiment plutôt important dont, cependant, dans l’état actuel des recherches, nous ne pouvons proposer une extension précise, ni un plan détaillé. Comme déjà démontré ci-dessus, cette demeure aurait dû comprendre, en plus du bâtiment analysé, également des portions des bâtiments adjacents situés rue SaintAntoine et Grande-Rue. Le plan devait être en « U ». Il s’agit d’une typologie qui, bien que plutôt rare, est néanmoins présente pour cette période dans l’architecture régionale, comme par exemple à Tours, et est indicative d’un programme constructif plutôt important (Guillaume et Toulier, 1983Guillaume, J. et Toulier, B. (1983). “Tissu urbain et types de demeures: le cas de Tours”. Dans : Babelon, J.-P., Guillaume, J., Boudon, F. et al., La maison de ville à la Renaissance: recherches sur l’habitat urbain en Europe aux XVe et XVIe siècles: actes du colloque tenu à Tours du 10 au 14 mai 1977. Paris: Picard, pp. 9-24., p. 15).
Une tourelle d’escalier très similaire à celle décrite dans cette étude est présente dans le château du Verger situé à Vou, un village à seulement 12 km au sud-ouest de Loches. Un diagnostic récent, dirigé par le Service de l’archéologie du département d’Indre-et-Loire en relation avec la restauration de la tour “du Donjon”, a permis de définir cinq périodes constructives allant du XIVe-début XVe au XIXe siècle. La tourelle d’escalier du château a été datée au début du XVIe siècle (Pioger, 2021Pioger, A. (2021). Vou, « Château du Verger ». Rapport de diagnostic archéologique. Tours: Le Service de l’archéologie du Département d’Indre-et-Loire., pp. 72-78). Cette donnée chronologique correspond parfaitement à la datation proposée pour la tour de l’édifice de Loches. Un autre parallèle typologique est la tour d’escalier de l’hôtel Nau, situé au n° 23 de la rue Saint-Antoine (Montoux, 1982Montoux, A. (1982). Vieux logis de Touraine, 5ème série. Chambray-Lès-Tours: CLD., pp. 149-151), à quelques mètres de la place du Marché aux Légumes, et également daté de la Renaissance. Si le dessin de la tour d’escalier est très similaire entre les deux bâtiments, au niveau planimétrique en revanche, il y a des différences dans sa localisation par rapport aux corps de logis. Dans l’immeuble de la rue Saint-Antoine, en effet, elle s’appuie directement au corps de logis, tandis que dans celui de la place du Marché, la tour d’escalier et le corps de logis sont séparés par un couloir voûté.
L’hôtel Nau fait partie d’un contexte constructif plutôt dense et riche pour cette portion nord de la ville entre le XVe et le XVIe siècle. En effet, non loin de l’actuelle Place du Marché aux Légumes, le long de la rue du Château, se trouvent deux importants bâtiments de la Renaissance, plutôt bien datés tant par des inscriptions que par des éléments décoratifs: il s’agit de la Maison du Centaure et de la Chancellerie, la dernière datée de 1550 (Montoux, 1982Montoux, A. (1982). Vieux logis de Touraine, 5ème série. Chambray-Lès-Tours: CLD., pp. 141-148). En raison de l’importance du programme architectural de ces deux demeures, il n’est cependant pas possible de faire des comparaisons typologiques et stylistiques directes avec le bâtiment objet de notre recherche. Pour cette période historique, le cadre urbain s’enrichit également d’une autre demeure, la maison dite « d’Agnès Sorel » (Montoux, 1982Montoux, A. (1982). Vieux logis de Touraine, 5ème série. Chambray-Lès-Tours: CLD., pp. 151-154). Toujours à proximité du bâtiment que nous avons analysé, Montoux (1987, pp. 108-111)Montoux, A. (1987). Vieux logis de Touraine, 7ème série. Chambray-Lès-Tours: CLD. a identifié au moins deux exemples qu’il classe comme « Maisons Renaissance » datables entre le XVe et le XVIe siècle à travers des comparaisons stylistiques et des documents d’archives. Il s’agit d’un ensemble de bâtiments entre la Grande-Rue et la rue Traversière-Saint-Antoine et d’un autre bâtiment sur la Grande-Rue. Malheureusement, les travaux de restauration réalisés au début des années 80 du XXe siècle, et la parcellisation des propriétés, rendent actuellement difficile de proposer des comparaisons typologiques. Ce dynamisme urbain aux XVe et début XVIe siècle correspond à la période «royale», celle ou les rois résident régulièrement au château de Loches.
Aux XVIIIe et XIXe siècles (Période IV), la maison conserve donc la cour et la tour d’escalier, présente un plan en «L» et occupe à peu près les mêmes volumes que l’actuelle. Pour cette période, les données à notre disposition sont plutôt abondantes et cohérentes. La façade de la maison subit une reconstruction totale et utilise un schéma décoratif typique de la fin du XVIIIe siècle. Les données stratigraphiques et structurelles nous montrent que la façade a été reconstruite en retrait par rapport à celle de la période précédente, signe d’un important chantier de reconstruction. À ce chantier doit être associée la substitution totale d’une charpente à demi-fermes et à pannes, dont la mise en œuvre peut être définie par dendrochronologie entre 1792 et 1793. Enfin, la probabilité la plus élevée (42,6 %) d’une datation 14C de plusieurs intervalles d’un prélèvement de charbon provenant du mur oriental des combles, nous fournit une datation entre 1720 et 1816. Cette dernière donnée, bien qu’elle doive être utilisée avec prudence en raison du faible pourcentage de probabilité, s’inscrit néanmoins de manière cohérente dans le contexte chronologique de ces grandes modifications apportées à l’édifice.
Bien qu’il s’agisse d’une période de construction relativement courte, la Période V a néanmoins été divisée en deux phases car leur différence est bien visible dans les structures actuelles, tant par les matériaux utilisés que par les activités de construction associées à chaque phase. De la première moitié du XXe siècle (Phase 1), la maison n’a changé ni en volume ni en plan. Des activités de construction limitées portant principalement sur les aspects décoratifs, comme par exemple l’installation de cheminées au rez-de-chaussée et la décoration des murs avec du papier peint. Dans la seconde moitié du XXe siècle (Phase 2) des interventions extrêmement lourdes, surtout avec l’utilisation du béton, sont réalisées qui, bien que ne modifiant pas l’aspect général, compromettent fortement son aspect esthétique et fonctionnel, avant son abandon.
Les données présentées ci-dessus sont le résultat d’une politique de vérification et de protection du patrimoine archéologique en vigueur depuis des années sur le territoire français, qui offre d’importantes possibilités de concentrer des ressources également sur des bâtiments non-inscrits sur les listes des monuments historiques. Grâce à l’archéologie préventive, il a été possible d’intervenir sur un bâtiment, situé dans le centre historique de Loches, qui avait été extrêmement remanié au cours de la première partie du XXe siècle, à une époque où manquaient des politiques plus attentives à la sauvegarde du patrimoine architectural mineur. Malgré ces modifications structurelles importantes, une partie de la stratigraphie était encore lisible sur les murs de la maison située au 3 de la place du Marché aux Légumes, un lieu important de la topographie urbaine situé entre les enceintes urbaines des XIIIe et XVe siècles. La lisibilité stratigraphique, bien qu’avec des limitations, a néanmoins permis de proposer son histoire constructive, montrant l’évolution d’un bâtiment, très probablement à usage domestique, dont les premières traces remontent à la fin du XVe siècle. Deux chantiers importants se succèdent entre les XVIe/XVIIe et les XVIIIe/XIXe siècles: d’une grande demeure avec une cour centrale et une élégante tourelle qui servait également d’escalier pour relier les trois niveaux, on passe à une habitation beaucoup plus petite, issue de divisions successives de la propriété (Fig. 38). Comme déjà mentionné ci-dessus, cette division chronologique ne peut être considérée comme définitive. Elle vise néanmoins à contribuer à proposer une vision diachronique de phénomènes urbains de type domestique en laissant ouvertes des questions qui ne pourront être résolues que par une analyse plus détaillée des structures et une étude plus large du maillage urbain adjacent.
Figure 38. Phasage des différents niveaux de la maison.
L’étude et la datation de la charpente ont été fondamentales pour mieux localiser chronologiquement ces changements et tenter de reconstituer les formes du bâtiment aux différentes époques. La possibilité d’intégrer les données d’archéologie du bâti à celles provenant de deux sondages au sol dans la cave a enrichi davantage le cadre chronologique. En particulier, il a été possible d’identifier une période qui n’a pas été retrouvée sur les structures murales, représentée par certains niveaux découverts sous le sol de la cave et datés par les matériaux céramiques entre le XIIIe et le XIVe siècle. Il s’agirait également dans ce cas d’une occupation domestique/artisanale où une probable activité de forge a été découverte.
L’étude archéozoologique a fourni un cadre assez clair sur les habitudes alimentaires de ceux qui habitaient cette première demeure. Malheureusement, cette recherche n’a pas pu éclaircir une question importante qui était de vérifier les relations possibles du bâtiment avec l’église voisine Saint-Antoine, dont seul le clocher est actuellement conservé. Il aurait en effet été nécessaire d’étendre la zone d’enquête. Malgré cela, le diagnostic a fourni des données inédites sur une zone de la ville encore peu concernée par des opérations archéologiques. À ce propos, il s’est avéré très important d’intégrer l’étude des structures en élévation à l’analyse et les fouilles dans la cave, qui a en effet révélé des contextes archéologiques parfaitement conservés et riches en matériaux. De plus, c’était l’occasion de documenter un bâtiment soumis à une intervention de restauration qui, en peu de temps, recouvrirait les anciennes surfaces murales, annulant ainsi la lisibilité stratigraphique. Toutes ces données contribueront d’une part à enrichir l’histoire du centre historique de Loches, et d’autre part pourront être utiles à l’avenir pour une programmation plus attentive et ciblée des interventions de restauration sur les bâtiments classés et non.
Fiche technique
Responsable scientifique de l’opération: Piero Gilento. Numéro de l’arrêté de prescription: 23/0560 en date du 7 août 2023. Numéro de l’opération archéologique: OA 0613427. Numéro de l’arrêté de désignation du responsable 23/0818 en date du 20 novembre 2023. Dates d’intervention sur le terrain: 04-15/12/23 et 22/01-02/02/24; post-fouille: février à juin 2024.
Sauf indication contraire, les images ont été réalisées par Véronique Chollet, sur les orthoimages élaborées par Nicolas Holzem.
Informations complémentaires ↑
Sources de financement
La rédaction de cet article a été possible grâce à l’allocation par l’Inrap de dix jours/recherche dans le cadre de l’appel à projets scientifiques 2025 (R156812).
Documents complémentaires
Sans objet.
Disponibilité des données
Sans objet.
Remerciements
Piero Gilento tient à remercier Pierre Dutreuil, Hélène Guillot et Antoine David, responsables du centre archéologique Inrap de Tours (Parçay-Meslay), pour avoir soutenu la rédaction de cet article. Un grand merci à Julien Jourand et Thierry Massat qui ont suivi le dossier pour le compte du Service Régional de l’Archéologie de la Région Centre-Val de Loire. Merci également à Pierre Papin et Samuel Riou du Service de l’Archéologie du département d’Indre-et-Loire qui ont fourni des éléments importants pour réfléchir à certains aspects stratigraphiques et qui ont relu le texte de manière extrêmement attentive, en aidant à l’améliorer. Merci beaucoup aussi pour leur travail au deux réviseurs, dont les observations ponctuelles et détaillées nous ont permis de revoir et de réfléchir sur certaines données, ce qui a consenti d’implémenter et d’améliorer le texte original.
Déclaration de contribution d’auteur
Piero Gilento: conceptualisation, analyse formelle, recherche, méthodologie, gestion de projet, supervision, rédaction – version originale, rédaction – révision et correction.
Françoise Yvernault: analyse formelle, curation de données, recherche.
Jérôme Bouillon: analyse formelle, curation de données, recherche.
Séverine Braguier: analyse formelle, curation de données, recherche.
Christophe Perrault: analyse formelle, curation de données, recherche.
Nicolas Holzem: méthodologie, visualisation.
Véronique Chollet: visualisation, rédaction – version originale.
Lisa Massa: méthodologie.
Déclaration de conflit d’intérêts
Les auteurs de cet article déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts financier, professionnel ou personnel susceptible d’avoir indûment influencé ce travail.
Déclaration relative à l’utilisation de l’intelligence artificielle
La traduction du français vers l’espagnol du résumé et des mots-clés de cet article a été générée par les auteurs à l’aide d’OpenAI. (2023). ChatGPT (version 3.0, 14 mars) [Modèle de langage étendu]. https://chat.openai.com/chat.
G858 — 76 pièces. 1643-1790. — Loches: paroisse Saint- Ours.
4 N 175 PL4/5 - Plan et coupe des façades, 1859. Projet d’un palais de justice et d’une justice de paix à construire sur la place Saint-Antoine, signé Guérin
8 Fi 0416 : Estampes Loches, le jour du Marché.
17 Fi 0081 : Loches, vue aérienne de la tour Saint-Antoine, photographie Roger Henrard, après 1950.
10 Fi 132-0029 : Carte postale, Loches, vue nord-ouest, Thomas Bardou.
10 Fi 132-0030 : Carte postale, 105 Loches, la Tour Saint- Antoine, bâtie en 1529, LL, Levy et fils.
45 Fi 462384 : Photographie, journalistes étrangers à Loches, panorama sur la ville, Sylvain Knecht.
1 Le bâtiment n’est pas inscrit sur la liste des monuments historiques. En tout cas, dans le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de la ville de Loches en vigueur (1979) il est inscrit dans la liste des bâtiments à conserver et à restaurer.
2 Laboratoire CIRAM: https://www.ciram-lab.fr/nos-services/archeologie/ Références des dossiers: 1123-AR1676V et 0224-AR6227V. Piero Gilento tient à remercier Patrick Rossetti, responsable du Département Archéologie, pour l’attentif suivi technique et scientifique.
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